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Hommage au Maître Pierre Thirioux

HOMMAGE RENDU au  MAÎTRE Pierre THIRIOUX

Le 12 Janvier 2015 au cimetière de Noisy-Rudignon.
Par Jean-Michel OPRENDEK
 
Nous sommes nombreux, famille de l'escrime, famille du sport ainsi que les représentants des Institutions qu'il a servies, à être auprès du Maître Pierre THIRIOUX, ici et en pensée venant de tous horizons et même de l'étranger, pour l'accompagner dans son dernier voyage et partager avec vous, Gérard, Martine, Bérangère, la douleur qui est la vôtre parce qu'il nous a tant donné que nous sommes nous aussi orphelins : une part de nous s'en va
Mais soyez persuadés que demeure en nous ce qui avec sa mémoire ne disparaîtra jamais : cette escrime que hautement qualifié, perfectionniste et passionné, il nous a laissée en héritage, faisant de ceux qu'il a formés des enseignants qualifiés, des champions dans ses clubs et ces générations de sportifs de haut niveau qu'il a entraînés durant 35 années au BATAILLON de JOINVILLE à FONTAINEBLEAU. 
    
C'est une  longue et belle histoire que la carrière du Maître THIRIOUX et si elle sera évoquée ici et dans nos différentes revues, c'est avec le cœur que je vais vous parler de ce qu'en fait il était : l'homme, le maître et le patron. 
 
Elèves maîtres, il nous a fascinés. Pierre - Il m'avait sommé un jour de l'appeler par son prénom et de le tutoyer – plus que par sa taille, nous en imposait par sa pédagogie qui était d'une clarté limpide et surtout il exécutait lui-même ce qu'il exigeait : le geste parfait. Il était donc terriblement exigeant mais excellent pédagogue, il nous donnait les clés pour y arriver et sans cesse nous corrigeait de la voix et systématiquement par la démonstration. Et du premier au dernier jour, pendant deux ans, les programmes étaient connus, les cours préparés, la cadence de  travail ne faiblissait pas, c'était une organisation parfaite : nous savions où nous allions. Dure école mais belle Ecole magistrale au sein des Armées, formation d'excellence malheureusement disparue qui nous manque aujourd'hui. Et dans ce contexte militaire, en sortait des actifs, des républicains. Elle était à son image car avec son style et sa forte personnalité, il nous a  rassurés, il nous a donné des certitudes à l'âge où les jeunes gradés sportifs sélectionnés que nous étions, ne pouvaient préjuger de leur avenir.    
Si le maître était ainsi, l'homme avait de la prestance et beaucoup d'allure. Le comportement de Pierre THIRIOUX était d'une politesse exemplaire, même en colère, je ne l'ai jamais entendu prononcer un mot grossier. C'était même un sujet d'étonnement entre nous. Ignorant pour la plupart les usages de ce sport, pour nous le maître c'était l'escrime et l'escrime c'était lui. Donc pas question de se laisser aller. Il nous a appris l'escrime mais aussi, pour ceux qui auraient pu déroger à ces principes censés être acquis, il aura été un éducateur complet, une référence à maints égards, celle d'un travailleur acharné, affinant en permanence ses cours, sa technique et sa pédagogie. Testeur à ce sujet, il faisait  preuve d'une vivacité d'esprit et dans cette exploration, il jubilait. C'est un tempérament, celui de la nature curieuse d'un homme qui s'exprimait.
Au-delà de ces aspects, le maître Pierre THIRIOUX était sympathique, vigilant et bienveillant avec ses élèves. C'était les siens. Nous étions de sa chapelle et cela avait du sens pour lui. Un réel attachement s'instaurait entre nous, un lien ténu se tissait le temps de ces années fécondes et en fait il ne s'est jamais vraiment rompu. Partant sur les chemins de la vie portés par cette histoire commune, nous sommes une famille, nous nous reconnaissons.   
Je ne saurais enfin passer sous silence que Pierre était un homme fier, qu'il avait même la réputation d'être  orgueilleux. Il avait effectivement cette qualité qui est une arme à double tranchant pour ceux qui ne sont pas capables de recevoir ces deux menteurs d'un même front : L'ORGUEIL et la MODESTIE. Quoi qu'on en pense, il savait faire la part des choses. Pour l'anecdote, ses pairs, ses  condisciples et tous ceux de l'époque flamboyante de l'école magistrale d'Antibes, l'appelaient « le Grand Pierre ».  Il assumait.
Quant au patron qu'il a été avec les équipes de cadres qu'il avait constituées, il était à l'opposé de l'autorité à laquelle on aurait pu s'attendre : il n'intervenait jamais avant, pendant ou après les cours que nous faisions. Il nous avait choisis, il nous faisait confiance, répondait à nos questions si nous en avions, allant au fond des choses et ça se terminait toujours en salle, les armes à la main. Former des élèves maîtres et entraîner les escrimeurs du BJ, sous la direction du Maître THIRIOUX  c'était un honneur, un plaisir, un affinement permanent de la connaissance de l'escrime auprès du Grand Maître qu'il était. En atteste les parcours ultérieurs de ceux qui ont eu ce privilège : ils sont édifiants. 
Maître des  clubs de l'OGCNICE et de RIS- ORANGIS, il a formé des champions qu'il serait trop long de citer si ce n'est le médaillé d'argent aux JO de 1964 à TOKYO, le sabreur niçois Claude Arabo. Entraîneur en chef du BJ, ils sont légions ceux qui sont passés à son plastron au fleuret, au sabre et à l'épée, et il valait mieux être en forme. Tous les escrimeurs sélectionnés par la FFE pour le BJ, ont beaucoup progressé à cette cadence d'entraînement quotidien exclu en temps normal. Cette disposition exceptionnelle permettait à nos équipes masculines nationales de préparer pendant toute une année les JO, dans ce système où les accueillait le Maître, bien des médailles olympiques ont été en amont forgées. Tous, sans exception gardent un souvenir ému de leur année passée au Bataillon de JOINVILLE à FONTAINEBLEAU, avec le Maître Pierre THIRIOUX. 
J'aurais et ils auraient, tous les amis nombreux qui sont ici aussi, bien d'autres choses à dire, de belles choses et de beaux moments  passés avec lui. Je ne le pense pas, je le sais. Certes il aimait l'escrime, il aimait ses élèves ; c'était un champion, il aimait gagner ; il voulait être le meilleur et il l'a été. Sa plus grande qualité pourtant, l'amour qu'il professait le plus, reste à citer et c'est celle-ci :  
 Pierre THIRIOUX aimait par-dessus tout, sa famille. Oui !, sa famille. Il l'aimait  inconditionnellement, attentif à la préserver et c'était son havre de paix, là qu'il puisait son énergie et d'où venait la force qu'il avait. De tous les titres, celui de chef de famille est bien celui qui lui convenait naturellement le plus et qu'il préférait, entouré de l'affection des siens. J'ai eu la chance de passer 10 ans avec lui et en confiance, il lui arrivait de m'en parler. Oui lui qui entrouvrait si rarement la porte de son jardin secret, il me parlait alors de vous : de Renée ta mère Gérard, son admirable épouse qu'il faut totalement associer à la vie et la réussite de ton père et ceux qui l'ont connue pensent aussi à elle aujourd'hui ; il me parlait de toi, très fier de son fils et de Martine ta femme et sa belle-fille aussi, et de toi Bérangère sa petite fille qu'il aimait considérablement. 
Il n'était pas seul, Pierre ! Vous étiez là. Il n'était pas seul notre Maître ! Nous étions là avec cette part de lui qui était et reste en nous.
 Alors, avec tous ceux que j'ai cités qui partagent avec moi ce sentiment, permettez-moi de vous dire que nous sommes aussi, toutes choses égales, 
                                              LES ENFANTS DE PIERRE THIRIOUX  
C'est en communion avec vous que nous le pleurons, que nous ne l'oublierons jamais et que c'est du fond du cœur que nous lui disons 
                                    AU REVOIR MAITRE, AU REVOIR PIERRE ET MERCI