Image aléatoire

numérisation0003.jpg

Accès membres AAF

Compteur de visites

336253
Cette semaine
Ce mois ci
Le mois dernier
Depuis le 25/01/2013
1211
7740
11178
336253

Claude CARLIEZ, le Maître d’Armes des Stars, nous a quittés….

 

 

Par ce beau dimanche du 17 Mai, l'ami Claude nous a présenté son ultime salut après 90 années d'une vie bien remplie !

Jugez plutôt au travers de ce bref aperçu tant sa carrière fut riche !

 

Si on vous dit : La Grande Vadrouille, le Corniaud, la Folie des Grandeurs, Les Grandes vacances, Mon Oncle Benjamin, Le Mur de l'Atlantique, Rabbi Jacob, Le sauvage…, vous vous souviendrez avez versé des larmes de rire devant les facéties et les acrobaties des comédiens;

Si on vous dit : Peur sur la Ville, Police Python, La Guerre des Polices, Moonraker, Dangereusement Vôtre, Garde à Vue, Le Professionnel, La 7ème Cible…, vous vous souviendrez avoir frissonné devant les risques pris par les acteurs;

Si on vous dit : Le Bossu, Le Capitan, Le Capitaine Fracasse, Les Trois Mousquetaires, Cartouche, Le Masque de Fer, Scaramouche, La Fille de d'Artagnan…, vous vous souviendrez avoir vibré au rythme des duels de ces héros de cape et d'épée;

La réussite des scénarios est due à la réunion d'un coordinateur de cascades, d'un régleur des combats, et d'un chorégraphe des duels.

 

Et ce magicien exerçant toutes ces facettes c'était Claude Carliez !!

 

Issu d’une famille de cinq enfants, quatre garçons et une fille, c’est son père qui en tant qu’escrimeur, et bien qu’il ne fut pas Maître d’Armes mais chorégraphe, incita Claude à pratiquer l’Escrime que celui-ci débuta à l’âge de 13 ans à la salle d’armes de Nancy, sa ville d'origine.

 

Son goût et ses qualités pour cette discipline se développèrent rapidement, et à 18 ans, il rejoint l’Ecole des Maîtres d’Armes au fort de Gravelles pour ensuite intégrer l’Institut National des Sports à Vincennes. Il en sort, après trois ans de formation, titulaire de la Maîtrise d’Armes et de la Maîtrise d’Education Physique.

 

Il regagne alors sa Lorraine natale et occupe le poste de professeur d’éducation physique au lycée de Nancy et au collège de Pont à Mousson. Puis en 1948, il postule au Grand Duché du Luxembourg où il devient Maître d’Armes à la cour et Entraîneur National de l’équipe d’Escrime luxembourgeoise aux Jeux Olympiques de Londres.

 

En 1951, après trois ans passés au Grand Duché du Luxembourg, il rejoint Saint Mandé où l'attend Eliane, son épouse. Il arrête l’enseignement et va travailler avec sa belle famille dans l’entreprise familiale. Heureusement pour nous, il n’abandonne pas pour autant l’Escrime et renoue avec la compétition, à l’épée, en devenant finaliste aux championnats de France des Maître d’Armes en 1956, et en gagnant sa sélection pour les championnats du monde de 1958.

Mais l'action lui manque !! Et cet homme débordant d'énergie s'ennuie derrière le comptoir du magasin des beaux-parents à attendre le chaland !!

 

En 1953, sa bonne fée va influencer son destin en lui faisant rencontrer le Maître André Gardère, le Maître d’Armes du cinéma de l’époque, et qu’il a connu lors de sa formation. Le Maître Gardère, qui est alors sur le tournage de Lucrèce Borgia de Christian Jaque, avec Martine Caroll, lui propose de participer au film en effectuant un duel dans le rôle d’un garde. C’est ainsi qu’il mit un pied dans le cinéma en entamant son premier tournage aux studios de Joinville le Pont, et qu'il découvrit cet univers magique !

Pratiquant l’équitation depuis l’âge de 16 ans, il est engagé dans Michel Strogoff de Carmine Gallone, où il double Kurt Yurgens dans un duel à cheval.

 

C’est sous les traits d’un gendarme dans Cadet Roussel, avec François Périer qu’il fait sa troisième apparition sur le grand écran

 

Assistant du Maître André Gardère, il apprend rapidement le métier à ses côtés.

Et c’est dans son quatrième film les Vikings de Richard Fleisher, avec Kirk Douglas, qu’il prend ses premières responsabilités de metteur en scène de combats en étant Maître d’Armes de la deuxième équipe de cascadeurs français.

 

Dans les années 60, il crée une équipe de spécialistes cascadeurs avec lesquels il va régler non seulement la chorégraphie des duels des grands films de cape et d’épée, mais également les scènes d’action de longs métrages.

 

De nombreux comédiens ont bénéficié de ses conseils à la fois de Maître d'Armes et de régleur de combat, et notamment Jean Marais, Gérard Barray, Jean-Paul Belmondo, Alain Delon, Bourvil, de Funès, Philippe Noiret, Yves Montand, Marie José Nat, Marlène Jobert, Sophie Marceau, et bien d'autres… Au total, plus de 300 films à son actif, dont un où il est le metteur en scène : Le Paria avec Jean Marais.

 

Claude connut, au cours de sa vie, un épisode qui pour un enseignant d'escrime est extraordinaire: il fut le Maître d'Armes d'un duelliste et sans doute le dernier !! En 1958, le Marquis de Cuevas, célèbre directeur de ballet, se querelle avec Serge Lifar, danseur renommé, au cours de la représentation du ballet mis en scène par ce dernier à l'Opéra Garnier. Le ton monte, et dans un accès de colère digne des héros des meilleurs films de cape et d'épée, le marquis soufflette le danseur lors de l'entracte. La réaction est immédiate, l'affaire sera réglée à l'épée de combat. Le Marquis de Cuevas fait alors appel au Maître Carliez afin qu'il lui apprenne le maniement de l'épée. Prudent, Claude téléphone au Maître d'Armes de l'adversaire qu'il connaît bien, le Maître Pierre Lacaze, et ensemble ils conviennent de n'enseigner à leur pseudo élève que le plus stricte rudiment. Après des échanges laborieux, le Marquis finit par piquer au bras son adversaire, le sang perla, l'honneur fut sauf !!

 

Membre de la Commission Supérieure Technique du Cinéma section effets spéciaux, Président du Syndicat des Cascadeurs Français de 1972 à 1984, Président de l’Académie d’Armes de France de 1988 à 2012, Claude Carliez était Chevalier des Arts et des Lettres.

 

Passionné par l'Escrime, il est le véritable « pape de l'Escrime Artistique » pour laquelle il a bien voulu apporter son savoir faire, divulguer ses connaissances afin de développer cette discipline et lui donner ses lettres de noblesse.

 

Claude était un personnage d'une grande sensibilité, d'une grande finesse, et d'un grand savoir-vivre. Par son humeur toujours au beau fixe il respirait la joie de vivre, et entraînait les autres dans son sillage. Quel plaisir de l'entendre chanter dés le matin !

 

Par son charisme, sa facilité d'élocution, son œil malicieux et charmeur, son humour fin, son importante érudition, sa prévenance surtout envers la gente féminine, c'était un être attachant qui ne laissait pas indifférent et avec lequel on avait envie de renforcer les liens.

 

J'ai eu la grande chance de le rencontrer, de le côtoyer, de partager de grands moments de travail et de convivialité, que ce soit la rapière à la main, ou lors de réunion au sein de l'Académie, ou encore au cours de déjeuners ou de dîners animés durant desquels Claude prenait son temps pour déguster les mets qui lui étaient servis...

 

Bien sûr, nous n’étions pas toujours d’accord sur des sujets ou des décisions à prendre concernant le développement l’Académie ou la mise en place de la structure de l’Escrime Artistique. Mais la discussion était toujours de bon aloi, sans animosité, courtoise et franche, et débouchait toujours sur une solution constructive.

 

Bien qu'il eut une carrière extraordinaire, le Maître d'Armes hors pair qu'il était faisait preuve d'une grande humilité, notamment dans l’encadrement des entraînements où il se mettait aisément à la portée des pratiquants quel que soit leur niveau. Un exemple à suivre…

 

Claude va nous manquer, mais il nous a laissé un formidable héritage, à nous de savoir le préserver, l'utiliser et le faire évoluer.

 

Nos plus chaleureuses pensées vont à Eliane, son épouse, Marie-Claude, sa fille et Michel, son fils, ainsi qu'à sa famille.

 

Au revoir Claude ! Même loin de nous tu restes présent dans nos cœurs !

 

Deux appels, rassemblez, saluez !!

 

 

 

 

Michel OLIVIER

Président de l'AAF